Désobeissance civique par Bové

ANTI-OMC ET OGM - De passage à Genève, José Bové a fait l'éloge de la désobéissance civique. Quand les citoyens ne sont même plus consultés, violer la loi s'avère nécessaire, selon le leader paysan.

'Enfreindre la loi est parfois légitime.' Cette phrase répétée hier à Genève a conduit José Bové plusieurs fois derrière les barreaux. Derniers démêlés judiciaires en date, une comparution devant le Tribunal correctionnel de Toulouse pour le fauchage de maïs transgénique en juillet dernier. Le procès a été repoussé en janvier 2005. Les accusés ont en effet obtenu que les 250 faucheurs soient jugés (seuls les neuf plus connus étaient poursuivis). 'Dans le contexte de l'affaiblissement de la démocratie face au pouvoir économique, la désobéissance civique est plus que jamais nécessaire', a souligné le responsable de programme pour l'organisation paysanne Via Campesina        

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Le Courrier : En prônant ce mode d'action, ne craignez-vous pas de donner des arguments à ceux qui font rimer altermondialisme avec terrorisme?


José Bové: 'On voit rarement des terroristes agir à visage découvert et accepter de passer en jugement. Le terrorisme est par essence secret. Il ne débouche pas sur une action de masse, pas plus qu'il ne vise à un approfondissement de la démocratie. Tout le contraire de la désobéissance civique. Cela n'empêche pas certains de dire n'importe quoi. Deux jours après le 11 septembre, le Wall Street Journal a écrit qu'à partir du moment où j'avais démonté un McDo (à Millau en 1999, ndlr), je pouvais détruire les tours jumelles.

Votre célébrité vous donne une certaine immunité. Mais que dites-vous aux manifestants qui se cagoulent pour éviter d'être fichés et poursuivis?


– Voilà plus de trente ans que j'ai commencé à militer, d'abord dans les mouvements contre l'arme atomique puis en tant qu'objecteur de conscience. J'ai toujours agi à visage découvert, quitte à risquer la prison. J'y suis déjà allé quatre fois. La première fois, c'était en 1976, j'avais 23 ans. J'ai toujours pensé qu'en assumant mes actes sur la place publique, je permettais à d'autres personnes de se reconnaître dans mes actions et d'avoir envie d'agir. Je ne crois pas que la cagoule protège.




Face à l'OMC, n'est-il pas vain de multiplier les actions de désobéissance civique?

– On est dans une situation inédite dans l'histoire de l'Humanité. Avec la globalisation néolibérale incarnée entre autres par l'OMC, les centres de pouvoir sont complètement déconnectés du quotidien. L'adversaire est devenu très abstrait, presque insaisissable. Cela nécessite de réfléchir à de nouvelles formes d'action. A la fois internationales, comme lors des réunions de l'OMC à Seattle et Cancún, et locales. Le démontage du MacDonald's a permis à beaucoup de gens de comprendre comment l'OMC était en train de décider du contenu de leur assiette. En permettant la libre circulation de produits tels que le boeuf aux hormones, l'organisation imposait une manière de se nourrir. Alors que les consommateurs n'étaient même pas consultés. Quant aux parlements et aux autres instances démocratiques traditionnelles, ils ne se prononçaient pas. On peut dresser le même constat pour les OGM. A force de créer des lieux de résistance, les grains de sable s'accumulent. Bout à bout, ils font la différence.

L'articulation des luttes est-elle satisfaisante?


– Si seulement on arrivait à trouver le déclic ou l'action qui puisse être reprise par des milliards de gens... Mais le monde reste très morcelé, la façon dont les uns et les autres peuvent agir diffère beaucoup selon les régions. Les règles de l'OMC ne s'appliquent pas directement aux individus mais aux Etats. La résistance doit s'organiser dans chaque pays. D'où la complexité. Bien sûr, les gens peuvent se retrouver sur des thèmes communs, par exemple le droit de défendre son alimentation. Voilà le rôle des campagnes internationales, des forums sociaux. Je fais parti de ceux qui pensent qu'il faut espacer les forums sociaux. Au rythme actuel, de nombreux mouvements n'ont pas les capacités financières pour entrer dans ce jeux-là.

Note : 1La désobéissance civique, Editions La Découverte, écrit avec le journaliste Gilles Luneau.

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